DEVENIR TOUS PROPRIETAIRE ?
Par Sabine, jeudi 10 mai 2007 à 14:13 :: Débats :: #122 :: rss
Dans une France qui connaît une crise du logement insupportable, et alors que dans son rapport sur le mal logement, la Fondation Abbé Pierre publie des chiffres accablants : 100 000 SDF, 1 million de personnes privés de domiciles personnels (solutions d'hébergements temporaires) et 2 millions de personnes vivant dans des logements aux conditions sanitaires très précaires, devant cette situation alarmante, M. Sarkozy propose que tous les Français deviennent propriétaires.
En effet, le slogan, "tous propriétaires" est très alléchant et fait toujours recette. Qui ne voudrait devenir propriétaire de sa maison et pourquoi pas de son jardin ? Il cite nos voisins comme exemplaires dans ce domaine. Seulement, aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, cela passe par un accès au crédit facilité, qui lui-même n'est possible que par l'intervention des établissements spécialisés dans des prêts aux ménages auxquels les banques classiques refusent le crédit. Cette solution consiste à faire payer plus cher le crédit aux emprunteurs les plus vulnérables et de leur faire porter des risques qu'ils ne peuvent assumer.
Un article paru dans la revue "Alternative économique" du mois de Mai, intitulé "Immobilier : hypothèque sur la croissance" explique que le dynamisme de l'immobilier a soutenu la croissance économique. Elle présente aujourd'hui des risques de faiblesse qui pourraient compromettre la croissance de demain. Il devient alors un enjeu pour les Etats-Unis comme pour le reste du monde. L'économie Française ne pourra plus compter sur ce soutien dans quelques mois, à moins de pousser les Français à s'endetter davantage pour acheter leur logement.
L'article montre dans un second temps, à travers l'exemple américain, les dangers de cette politique pour les ménages les plus modestes.
Alternative économique pose la question suivante : Faut-il s'inquiéter de la montée des dettes immobilières des ménages ? Après analyse, la situation ne semble vraiment critique actuellement que pour ceux qui sont contraints de revendre leur bien à perte. Le risque est limité en France car les pratiques des banques sont beaucoup plus prudentes qu'aux Etats-Unis. Les prêts sont accordés en fonction de la solvabilité des ménages et non de la valeur de la garantie, (c'est-à-dire la valeur de l'actif qui est d'autant plus importante que les prix montent). Cela se traduit par un endettement des ménages moins important que dans les autres pays de l'OCDE. "Seulement un quart des accédants à la propriété sont recrutés dans la moitié inférieure des revenus quand le dixième supérieur en fournit 23%. La dynamique de l'endettement et de la hausse des prix est donc puissamment inégalitaire. Et ce n'est pas la proposition de M. Sarkozy de déduire les intérêts d'emprunt des revenus qui inversera la tendance. Elle ne fera qu'abaisser le coût du crédit des plus aisés."
En France les pratiques décrites plus haut sont interdites, en revanche les banques étrangères commencent à proposer des crédits pour des durées allant jusqu'à 50 ans. De quoi clouer un ménage à son logement pour toute sa vie alors que les ruptures familiales et professionnelles qui obligent les ménages à déménager sont de plus en plus fréquentes.
Aux Etats-Unis, le retournement de l'immobilier affecte les ménages les plus modestes qui ont emprunté sur le marché du crédit subprime mais selon les économistes, le problème paraît suffisamment circonscrit pour ne pas menacer la stabilité de l'économie américaine, du moins pour le moment.
Le marché du crédit subprime, par opposition au crédit prime réservé aux clients les plus solvables, a explosé ces dernières années. Il s'adresse aux ménages qui ne présentent pas les garanties suffisantes pour le crédit classique, pour maintenir le flux d'affaire dans un marché qui ralentit, mais dans des conditions de plus en plus risquées. Aujourd'hui ces ménages sont pris en tenaille entre des charges d'intérêt qui explosent et un bien qui se dévalorise. Un à deux millions de personnes pourraient se retrouver obligées de revendre leur logement faute d'arriver à le rembourser. Les difficultés se concentrent sur les populations les plus pauvres et en particulier les minorités afro et latino américaines.
Pour le moment, la prospérité de l'économie américaine ne semble pas menacée, à moins que la débâcle des subprime prenne une ampleur telle qu'elle finisse par faire tâche d'huile : revente des maisons, gonflement du stock des invendus, perte du secteur de la construction, suppressions d'emplois, fonte du patrimoine des américains et baisse de la consommation…
Pour conclure, on voit bien à quel point il est illusoire aujourd'hui de promettre à tous les français de devenir propriétaires, aujourd'hui. Il est nécessaire de contrôler l'attribution des prêts pour éviter les drames vécus par les ménages américains les moins solvables. Par ailleurs, nous connaissons tous la flambée des prix de l'immobilier et voyons bien les difficultés d'accéder à la propriété dans ces conditions. Les propositions de M. Sarkosy ne profiteront une fois de plus qu'aux ménages les plus aisés.
Une solution s'impose alors, celle des socialistes : devant la crise de l'immobilier il faut construire des logements, mettre sur le marchés des logements abordables pour tous, en accession à la propriété pourquoi pas, mais il est également nécessaire de développer une offre de logement importante dans le secteur du locatif social.
Information niçoise
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