La réforme de l'Université est discutée à l'Assemblée en ce moment. D'un projet de loi extrêmement ambitieux et mis sur la table de manière très autoritaire et violente (en gros, il y aura ceux qui nous suivent et ceux qui mourront), on est passé à un texte plus modéré. De LA réforme du quiquenna, la droite est allée vers un "premier socle", histoire de déminer petit à petit l'ensemble des aspects qui ne pouvaient que provoquer une révolte.
Pas question de se plaindre ici, le fait que Pécresse écoute les syndicats, profesionnels et étudiants, et les acteurs de l'Université pour faire passer son texte est déjà un incommensurable progrès par rapport à l'époque du CPE. Ca vaut même à Pécresse des petites piques des pires de son camp !
Non, l'important est d'avoir une vision critique et constructive de ce texte. L'Université, au coeur de l'enseignement supérieur et de la recherche, est dans un tel état de délabrement au niveau national (heureusement encore épaulée par les établissements de recherche comme le CNRS et les centres thématiques) que la France ne peut se payer le luxe d'un débat tronqué sur le sujet.
Ce qui compte, c'est de ne pas se laisser endormir par la musique lancinante de Sarkozy qui se fout de l'Université comme du dernier milliard d'euro qu'il a donné à ses copains et qui ne veut que "réussir un coup", ne pas oublier que la Droite a toujours attaqué l'Université et la recherche publique et qu'il n'y a pas de raison que ça change : ce texte a beau avoir été édulcoré, il reste néfaste sur ses deux principaux points.
Le premier problème, c'est l'hyper-présidentialisation de la gestion des Universités. Enormément de pouvoir risquent d'être concentrés entre les mains du président sans que de réels contre pouvoir soient instaurés ... à moins que plusieurs amendements socialistes soient adoptés en scéance. Le mode de fonctionnement actuel des Universités n'est pas satisfaisant, c'est un fait. Mais l'aspect le plus positif, son caractère démocratique, est fortement remis en cause. Ca n'est pas étonnant de la Droite d'avoir commencé par dégommer, mais c'est inquiétant pour la suite et à combattre tant que possible.
L'autre problème est plus complexe. C'est le volet budgétaire et financier de l'autonomie des Universités. En soit, que les Universités aient plus de contrôle sur leur budget n'est pas mal. Ca serait une opposition purement idéologique et stérile que d'affronter ce principe. Ce qui pose plus de questions, c'est l'état catastrophique des finances des Universités et le risque que l'Etat se débarrasse du problème (notamment de la réfection des locaux) par ce biais là. Si la fac est moribonde, c'est que l'Etat dépense 6820 euro par an pour un étudiant en fac, alors qu'il dépense 9320 euros pour un étudiant en IUT et 13 170 euros pour un étudiant en classe préparatoire.
Si un rattrapage budgétaire n'est pas engagé par l'Etat en même temps que cette réforme est mise en place, on assistera nécessairement à une privatisation sous forme de société d'économie mixte, comme ce fut le cas en urbanisme avec la gestion des logements sociaux. Les grandes facs vont mourir à petit feu, et parallèlement s'ouvriront des facs publiques sous contrats semi privés. Exactement le même processus qui a vu la France se désengager des logements sociaux avec le système d'aide à la personne.
Les conséquences sociales (filtrage des étudiants par la condition socio-économique des parents et non par leur qualité propre), mais aussi économiques (recherche anémiée car l'argent ira d'abord à la gestion de l'urgence, étudiants mal formés dans les Universités poubelles) et culturelle (extinction des filières "non-rentables" pour les Universités car n'attirant pas de mécénat industriel) d'une réforme d'obédience libérale de l'Université seraient extrêmement violentes et, vu l'état des nos facs, très rapides.
Faut-il pour autant rentrer dans une posture de rejet complet comme les 25 organisations qui demande l'abandon du projet de loi ? Ou bien faut-il participer de manière constructive au débat parlemantaire comme expliqué dans ce billet de Régis Juanico, député de la Loire, où l'on peut trouver les amendements proposés par les Socialistes ?
Puisque le processus d'élaboration de cette loi s'est fait jusqu'à présent dans la souplesse, tant que le travail parlementaire n'est pas arrivé à son terme il faut laisser sa chance à la démocratie. Mais l'espoir est faible de voir cette Droite agir sans dogmatisme libéral quand on entend le Ministre du Budget réclamant 30 à 40 mille suppression de postes de fonctionnaires en 2008, sans la moindre réflexion sur les besoins en service publique.
Ils sont dogmatiques, sectaires et inquiétants. L'Université sera-t-elle leur première victime ?