Justice sociale et protection collective
Par Hervé, dimanche 23 septembre 2007 à 19:22 :: Débats :: #210 :: rss
Sale temps pour la sécurité sociale. Le déficit abyssal de l'organisme n'est pas réellement en cause, il est sciemment construit par la Droite au pouvoir depuis 6 ans pour lui permettre d'affirmer sans qu'aucun journaliste ne s'offusque ce que Sarkozy a sorti il y a quelques jours : notre modèle social serait "infinançable". Conséquence logique, qu'il s'agisse des régimes spéciaux et, Sarko n'a pas attendu que ce point soit réglé, de la retraite de chacun, ou des nouveaux risques liés à la dépendance, il faudrait développer les assurances individuelles et faire reculer le périmètre des mécanismes publiques de protection.
A ce titre, il n'est pas inutile de rejeter un oeil à cette note décrivant l'historique de la création de la sécurité sociale et des positions de gauche et de droite.
Il est important pour la gauche de ne pas se laisser enfermer dans le débat tel que l'aborde la droite. Bien évidemment, les régimes spéciaux ne sont pas à l'image de l'idéal socialiste et une réforme de la retraite doit être envisagée. Ceci étant dit, tout nous sépare de la droite, dans l'approche, l'étendue et le contenu des réformes que nous souhaitons.
- Premier mensonge de la droite : par sa communication elle tend à faire croire que les régimes spéciaux sont une cause décisive dans le déficit de la sécu. C'est faux et archi faux. Si certains régimes sont déficitaires, d'autres sont excédentaires et financent le régime général. Par ailleurs, le bilan global des régimes spéciaux est une goutte d'eau dans l'océan des retraites.
- Deuxième mensonge : les régimes spéciaux seraient des régimes privilégiés. Là encore c'est faux. Bien sûr il s'agit souvent d'un départ anticipé à la retraite par rapport au régime général. Mais la retraite n'est pas un état social qui tombe du ciel, c'est en termes un peu technique, un
salaire différé
. Cela veut dire que si on touche aux retraites, c'est l'ensemble de la carrière que l'on doit revoir ou sinon il faut appeler un chat un chat : on prélève encore de l'argent à ceux qui émargent à ces régimes. Et, puisqu'on parle de privilège, la part de ceux qui sont dans un régime spécial et bénéficieront du paquet fiscal de Sarkozy, qu'il s'agisse du bouclier à 50% ou des ristournes sur les droits de succession, est ultra-minime. Les gaziers/électriciens (tiens, un régime excédentaire) ou les cheminots ne sont pas riches en général. - Troisième mensonge, le plus gros peut être : avec le vieillissement de la population on ne peut plus financer les retraites actuelles, c'est trop cher. Faux et archi faux. Chaque année, la France produit une certaine quantité de richesses, c'est le PIB. Une partie de cette richesse va à la rémunération du travail via les salaires, le reste va à la rémunération du capital. Si la répartition capital/travail de cette richesse produite était au niveau des années 80, ce serait plus de 200 milliards d'euros qui iraient au salaire en plus. Soit bien plus de 3000€ par an à chaque Français, enfants inclus ! Cet argent là va, à la place, au capital, et plus précisément aux actionnaires qui se gavent en hurlant toujours plus qu'ils n'en ont pas assez. Le problème ? C'est que le capital est très peu taxé et, notamment, finance très peu la sécurité sociale, retraites incluses, tandis que le salaire, via les cotisations sociales patronales et salariales, cotise à plus de 50%. Résultat, si la répartition était celle des années 80, le fameux "trou de la sécu" n'existerait pas, on parlerait peut être même de la montagne de la sécu et on pourrait s'occuper de nos anciens et de nos malades décemment au lieu de les renvoyer à des assurances privées que seuls les plus aisés pourront se payer.
Une dernière pour la route, une comparaison avec le système de santé, la branche principale de la sécurité sociale à côté des retraites. Aux USA où tout est privé, ou presque, les dépenses de santés sont bien plus importantes qu'en France, pour un résultat piteux : espérance de vie moyenne inférieures, fortes inégalités sociales et raciales, etc. Tout ça pourquoi ? Pour que le lobby de la santé (laboratoires pharmaceutiques et assurances privées) se gavent et fassent des profits colossaux sur le dos des petites gens.
Sarkozy veut importer ça en France. Ne le laissons pas faire et ayons un discours global sur la protection sociale publique, son financement, et son unversalité. C'est un immense facteur de justice sociale, d'égalité, de bien être individuelle et d'efficacité économique collective.
Information niçoise
Trackbacks
Aucun trackback.
Les trackbacks pour ce billet sont fermés.