Hier, boulevard Carabacel, se jouait une scène malheureusement trop courante dans notre pays. Le Réseau Education Sans Frontière (RESF), où plusieurs de nos camarades sont impliquées, est un mouvement qui tente de préserver une des valeurs fondamentales de notre République : l'humanisme et notamment la protection des enfants scolarisés, que leurs parents soient sans papier, en situation régulière ou pas. Il s'est constitué en réaction aux rafles, organisées par la police pour atteindre les objectifs d'expulsion proclamés par le ministère de l'intérieur quand Sarkozy y était, par celui de l'immigration maintenant, qui allaient jusqu'à arrêter des parents devant les écoles des leurs enfants.

Débordant un peu cette mission, mais restant dans sa vocation humaniste, c'était l'occupation d'un bâtiment vide pour loger de nombreuses familles sans logement qui mobilisait RESF hier. Mobilisés pour contribuer à que tout se passe bien pour les familles, les enfants et les militants, nous étions présents hier à leurs côtés, avec notamment Yann Librati et Patrick Allemand.

La présence d'élus de terrain a souvent un effet pacificateur qui permet aux protagonistes de discuter plus sereinement. Nous sommes partis dès que nous avons eu l'assurance qu'il n'y aurait pas d'opération de police pour expulsion dans l'immédiat, rester plus longtemps aurait été du voyeurisme, rassurés sur la sécurité des familles. Ils auront au moins quelques jours à vivre dignement. Le bâtiment est vide car hors norme pour une exploitation publique, mais de nombreuses familles logent dans des conditions bien pire.

En dehors de l'aspect militant et politique de cette action, c'est l'aspect humain qui est le plus révoltant. Bien évidemment, ce genre d'opération n'est pas une solution en soit. Bien évidemment, l'aspect illégal d'une telle occupation pose des questions et dans quelques jours ces familles seront encore dans la détresse. Mais la réaction des responsables de droite, notamment Ciotti dans Nice Matin, n'est pas tolérable ! Demander l'expulsion sans même avoir un minimum de considération pour les familles en souffrance qui en sont réduites à ça, sans même évoquer les problèmes de logement à Nice, c'est inhumain.

Heureusement, les propriétaires des lieux, le diocèse de Nice, ont eu une réaction humaine. Cette phrase notamment, dite par un des responsables du site, nous a touché hier : "humainement, je ne peux pas demander une expulsion". Car c'est là le coeur du problème : légalité ou pas, réquisition ou pas, il y a avant tout des enfants, des hommes et des femmes qui ne savent pas où dormir. Et ça, en France, c'est révoltant.