Mais elle n'est pas née comme toi ici et maintenant
Par Stéphane, samedi 20 octobre 2007 à 23:13 :: Débats :: #234 :: rss
Mardi dernier 16 octobre 2007, j'ai assisté à une cérémonie très émouvante à l'école primaire Saint-Philippe où ma fille est élève au cours préparatoire.
Ce jour-là des plaques en mémoire des élèves juifs de l'école Saint-Philippe morts en déportation ont été dévoilées. Cette cérémonie est l'aboutissement des recherches entreprises par l'association AMEJDAM , Association pour la Mémoire des Enfants Juifs Déportés des Alpes-Maritimes
Deux enfants de l'école Saint-Philippe ont été assassinés par les nazis, François Jacob, né le 12 décembre 1934 à Paris et Betty Tuszinski, née le 14 janvier 1935 à Paris.
Sur les 6 millions de juifs assassinés par les nazis on ne connaît l'identité de seulement environ la moitié d'entre eux.
Aucune photo de Betty Tuszinski n'a été à ce jour retrouvée.
François Jacob est le cousin germain de Simone_Veil,née Simone Jacob, qui assistait à cette cérémonie en compagnie de Serge Klarsfled.
Jacques Peyrat et Patrick Allemand assistaient également à cette cérémonie.
Après le dévoilement de la plaque commémorative, les élèves de l'école ont chanté la chanson "Comme toi" écrite par Jean-Jacques Goldman. Voir tous ces jeunes élèves commémorer la mémoire de ces deux enfants morts en déportation en chantant sous la direction d'un professeur cette magnifique chanson a été un moment d'intense émotion. Je vous invite à la réécouter:
Voir aussi Comme toi
Cette chanson a été écrite en 1982 par Goldman pour sa fille. Voici l'histoire de cette chanson à travers de plusieurs interview de Jean-Jacques Goldman:
Jean-Jacques Goldman : C’est-à-dire que l’idée de la chanson m’est venue en regardant un album de famille de ma mère, qui est née en Allemagne, où il y avait les photos de famille les plus banales possibles. Vous savez avec des petites filles, des gens après un repas avec des sourires niais, comme toutes les photos de famille du monde. Ma mère avait marqué à côté de mes cousins etc. entre parenthèses "déporté" en-dessous sur chaque photo. C’est là que je me suis rendu compte qu’il y avait cette petite fille qui était là, qui regardait ailleurs, qui visiblement pensait plutôt aller jouer avec sa poupée alors qu’on lui disait : "souris". Elle sourit avec une grimace comme sur toutes les photos de famille que l’on peut voir. A ce moment-là, j’ai pris conscience que, d’une part, on imaginait toujours ces gens-là avec des têtes de déportés, c’est-à-dire après. Ce sont ces photos que l’on voyait comme s’il s’agissait de gens différents de nous. Et là, sur ces photos, je voyais à quel point c’était des gens d’une banalité incroyable qui nous ressemblaient et qui étaient prêts à vivre des petites vies importantes ou sans importance comme nous tous et qui ont eu une rencontre avec l’Histoire qui a fait que. Voilà, je ne sais pas si cette petite fille s’appelle Sarah, mais en tout cas son visage existe pour moi. (...)
Jean-Jacques Goldman : Quand j'ai écrit cette chanson, losque j'en ai eu l'idée, c'était en voyant non pas une photo de déporté que l'on a tous vue, de ces êtres décharnés avec des yeux brûlants, mais c'est en voyant dans l'album de ma mère une photo d'une petite fille normale. Je pense que ces enfants doivent apprendre, non pas en se disant que c'étaient des êtres à part comme l'on pourrait penser pour l'Ethiopie par exemple, où l'on ne se sent pas directement impliqué, mais en se disant 'cette petite fille, c'était nous'. Le fait de chanter cette chanson en pensant à côté de quoi on est passé et à côté de quoi on peut encore passer. On le voit justement avec les mises à sac des synagogues, etc. La sauvagerie est là, elle est à un millimètre de vernis au-dessus des gens. Ce millimètre s'est construit au bout de plusieurs siècles grâce à l'éducation. Bref, ce millimètre est juste là. Quand on prend l'exemple de la guerre d'Algérie, avec des Français "parfaits" ou même pendant les deux guerres. Lorsque l'on demande à une personne d'arracher les yeux à quelqu'un, il n'en faut pas beaucoup pour qu'elle prenne une pince et qu'elle le fasse. Il faut le savoir, donc si ces enfants ont pris conscience de ça, de l'actualité mais aussi à quel point ils ressemblaient à cette petite fille qui elle est devenue un squelette, ça, effectivement, c'est sublime. Si l'Allemagne a pu permettre par un concours de circonstances hallucinantes - puisque c'était une démocratie - qu'Hitler arrive au pouvoir, ce n'est pas par hasard. C'est parce qu'il y a eu des données objectives qui ont fait que tout à coup, ces gens-là ont pu supporter d'une façon ou d'une autre, que leur pays brûle six millions de personnes.
Raphaël Toledano : A propos de la chanson "Comme toi" qui évoque la Shoah, j'ai lu dans une vieille interview qu'elle vous avait été inspirée en partie par votre fille et par une photo dans un album de famille ?
Jean-Jacques Goldman : C'est ça, par les deux.
Raphaël Toledano : "Comme toi", c'était un message pour votre fille en fait.
Jean-Jacques Goldman : Oui. "Comme toi", c'est elle.
Raphaël Toledano : Et ce message, elle l'a compris ?
Jean-Jacques Goldman : Oui, elle l'a compris. Elle a compris qu'elle avait exactement les mêmes préoccupations que la gamine qui était sur la photo, c'est-à-dire quelle nouvelle poupée elle aurait ou que le petit copain lui avait souri.
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