Mini-traité européen : un choix difficile à comprendre
Par Hervé, mardi 6 novembre 2007 à 23:00 :: Débats :: #247
Ce soir, le Bureau National du PS a pris une décision quant au mini-traité défendu par Sarkozy : celui d'accepter de l'adopter par la voie parlementaire.
Cette décision est difficile à comprendre. Il y a deux semaines, tout le monde était d'accord pour dénoncer la médiocrité et le manque d'ambition de ce texte, présenté par Sarkozy comme une victoire manifeste alors qu'il n'est qu'un réchauffé de vagues compromis construits sur le TCE refusé par les Français et les Néerlandais (et les pays qui ont profité de ces rejets pour éluder le débat européen) en 2005. Aujourd'hui, il en est comme Lang pour dire tout le bien qu'ils pensent de ce texte.
Il y a 6 mois, tout le monde était d'accord pour clamer pendant la campagne présidentielle que "seul le peuple peut modifier ce que le peuple a voté". Autrement dit, seul un référendum peut avoir la légitimité de repasser après le référendum de 2005. Ca n'est pas une appréciation sur le fond du texte mais une question de principe sur ce qu'est et doit être la démocratie. Aujourd'hui, il en est pour croire que le peuple n'a "pas toujours raison", que "l'Europe c'est compliqué", qu'il "faut en passer par là pour avancer".
Mais l'Europe sans son peuple, c'est quoi sinon une immonde bête technocratique, anti-démocratique imposant sa logique libérale au peuple souverain qui n'en veut pas ?
Faire le choix de mépriser la voix du peuple quand l'essentiel des grandes formations politiques s'étaient plantées en 2005, c'est quoi sinon fouler au pied ce que doit être la Politique ?
Quelles sont les conséquences d'une telle position sinon s'aligner sur le bonapartisme Sarkozien, renforcer les passerelles idéologiques qui ont permis les débauchages de "socialistes", et surtout, mille fois surtout, construire un rejet aussi artificiel qu'inéluctable de l'Europe dans les consciences des Français, bafoués dans leur souveraineté et leur honneur ?
Fidèle à ses valeurs, le Secrétaire National à l'Europe du Parti Socialiste, Benoît Hamon, a présenté sa démission à François Hollande ce soir. Voici son communiqué de presse.
Paris, le 06 Novembre 2007
Le Parti Socialiste a décidé à la majorité des voix du bureau national d’approuver le traité simplifié proposé à la ratification du parlement par Nicolas Sarkozy.
Il y a bientôt 2 ans, le Parti Socialiste, conscient de l’importance de se rassembler pour battre la droite, faisait le choix, à l’occasion de son congrès, d’opérer une synthèse entre ses principales sensibilités. Cette synthèse, quelques mois après le référendum sur le traité constitutionnel qui avait vu, malgré la campagne du PS en faveur du oui, une majorité de Français refuser ce texte, proposait notamment de dépasser le clivage entre les partisans du Oui et les partisans du Non. La synthèse avait vocation à rappeler que si les socialistes s’étaient opposés sur la stratégie, ils étaient rassemblés sur le projet européen.
Aujourd’hui le Parti Socialiste s’est une nouvelle fois divisé en deux blocs sur l’appréciation du contenu du texte. Il est même divisé sur l’opportunité de soumettre le texte à référendum alors qu’il avait fait de ce principe une « obligation démocratique » lors de la campagne présidentielle et que ce principe est soutenu par une large majorité des français.
Invitée à commencer la rénovation du PS en disant oui au mini traité, une majorité du bureau national a choisi d’approuver un texte qu’elle a été presque unanime à juger médiocre 15 jours auparavant. Simultanément, les argumentaires lapidaires refont surface pour sommer les socialistes de ne pas rater ce nouveau rendez-vous de l’Histoire.
Pourtant, il existait un moyen de dire notre insatisfaction sur le fond, de rester solidaire avec les socio-démocrates européens et cohérents avec nos engagements de campagne en appelant à un référendum afin de ne pas se substituer à la souveraineté populaire. Il existait un moyen de rassembler les socialistes. Cette position était évoquée par les représentants de toutes les sensibilités du PS dans le groupe de travail sur le Traité Simplifié que le Bureau national m’a demandé d’animer depuis l’été. Cette position, identique à celle adoptée par les socialistes lors du référendum européen de 1972 sur la proposition de François Mitterrand était, au nom de la cohérence et de l’unité de la gauche : l’abstention ou la non participation au vote.
Une autre voie a été choisie. Je m’y plie. Elle porte pourtant en elle le ferment de la division. Secrétaire national en charge du projet européen, nommé pour permettre le dépassement du clivage entre le oui et le non, je déplore notre échec. Je remets donc aujourd’hui ma démission du secrétariat national à François Hollande.
Chose rare, je pique aujourd'hui un article ancien du "Ficanas". L'occasion est importante, il s'agit de remettre à jour une information qui était passée inaperçue il y a un mois : la création de l'Euro-régio "Alpes Méditerrannée" président par Michel Vauzelle.
Ancien secrétaire d’Etat à l’Emploi de Bill Clinton de 1992 à 1996, Robert Reich est aujourd’hui professeur d’économie à Berkeley (Californie).
Information niçoise