Capitalisme et libéralisme : Larrouturou ou Attali ?
Par Hervé, mardi 29 janvier 2008 à 12:06 :: Débats :: #293 :: rss
Retour sur notre dernière réunion de section où Jean-Marc présentait les thèses brillantes exposées par Pierre Larrouturou dans son "Livre noir du capitalisme". Un seul chiffre pour résumer toute une approche économique : en moins de 30 ans, la répartition des richesses produites en France s'est déséquilibrée en transférant 11% du total depuis ce qui était redistribué aux salaires (donc, aussi, aux comptes sociaux) vers la rémunération du capital. En gros, chaque année, 200 milliards d'euros vont dans les poches des gros actionnaires et de la finance au lieu d'aller aux salaires. En gros, 100 milliards que les Français n'ont pas en salaire net annuel et 100 milliards qui ne vont pas financer les comptes sociaux ... dont le déficit est inférieur d'un ordre de grandeur. Sans ce déséquilibre dû à la poussée des mesures libérales, il pourrait ne pas y avoir de travailleurs pauvres en France et les problèmes des retraites et de la sécu n'existeraient pas. Merci messieurs les financiers !
Pour les solutions, c'est plus compliqué de les exposer sans caricaturer, mais une est simple au moins à dire (même si elle ne se suffit pas à elle même) : tendre vers les 32h/semaine pour partager le travail entre tous, à combiner avec des augmentations salariales. C'est économiquement possible et même souhaitable, mais il faut de la volonté politique. C'est tout l'inverse d'un président qui vient braire que les caisses sont vides ... du fait de son action pendant 6 ans au pouvoir.
Le même jour, sortait le rapport de Jacques Attali, que vous pouvez télécharger ici. En période pré-électorale, ce rapport a été plutôt fraîchement accueilli par les députés UMP, effrayés de l'impact qu'il pourrait avoir sur les citoyens auxquels ils mentent quotidiennement. Il faut bien dire que ce rapport est, d'un point de vue scientifique, une impressionnante zoologie des mesures que le camp libéral a pu inventer, avec l'inefficacité économique que l'on sait : en gros, il s'agit d'envisager la question du pouvoir d'achat des Français en tirant les prix vers le bas systématiquement plutôt que d'augmenter les ressources de chacun.
La France du hard-discount en somme. A la limite, pourquoi pas, s'il ne s'agissait que des prix des biens à la consommation. Le problème vient du fait que par voie de conséquence, c'est aussi le hard-discount des salaires, des conditions de travail, et de la protection des travailleurs : la flex-sécurité sans la sécurité et les soldes à l'ANPE !
Pour voir plus en détail de quoi il s'agit et la réaction des socialistes qui ne se félicitent pas de l'arrivée de ce rapport sans le lire : le contre rapport de La Forge (www.la-forge.info), écrit avec la contribution des économistes Liem Hoang Ngoc, Philippe Moati, Jean-Marie Monnier et Guillaume Duval.
Information niçoise
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