Un certain discours répand
l’idée selon laquelle la panne de croissance est en partie due, en
France, à la faiblesse du taux d’emploi, particulièrement chez les
seniors. L’économie ne peut pas produire plus parce que nos vieux,
entre autres, préfèrent l’inactivité, explique-t-on. Le financement des
retraites pèse alors sur les « charges » des entreprises et réduit leur
compétitivité. Pour cette opinion dominante, il faut donc réformer les
retraites, inciter les vieux à travailler, allonger la durée de
cotisation et réduire les taux de remplacement pour éviter d’augmenter
les cotisations patronales, développer les retraites par
capitalisation ! Dans la perspective du rendez-vous de 2008 prévu par
la loi Fillon de 2003, la Commission de Garantie des Retraites
recommande ainsi l’allongement de la durée de cotisation à 41, voire 42
ans pour le régime général. Le MEDEF préconise de reculer l’âge de la
retraite à 63 ans.
Ces incantations à l’allongement du taux d’activité
des seniors sont pourtant largement illusoires. Le taux d’emploi des
seniors plafonne à 37,8 %, loin de l’objectif des 50 % en 2010 fixé par
la stratégie de Lisbonne. Il est particulièrement faible en France non
pas parce que les salariés ne veulent pas travailler, mais parce que
les entreprises font partir plus tôt leurs seniors, dont la
productivité est réputée décroissante pour un coût salarial croissant
(les salaires de fin de carrière étant plus élevés). 470 000 inactifs
sont ainsi en préretraites, cessation anticipée d’activité ou dispense
de recherche d’emploi. Dans le secteur privé, l’âge moyen de départ à
la retraite est restée à 58,9 ans (la durée moyenne de cotisation est
toujours de 37 ans !), malgré la réforme Balladur de 1993, car les
entreprises remercient aussi leurs seniors pour réduire leurs coûts
salariaux. Dans ces conditions, l’allongement de la durée de cotisation
revient à chaque fois à écarter un nombre croissant d’agents âgés du
bénéfice d’une retraite à taux plein, en raison de l’application d’une
décote par annuité manquante. L’obligation de cotiser plus longtemps
aura pour conséquence l’augmentation du nombre de personnes ne touchant
pas une retraite à taux plein. En prévision, le gouvernement pouvait-il
retarder la revalorisation de 25% du minimum vieillesse dont le pouvoir
d’achat n’a cessé de se dégrader ?