Capitalisme et libéralisme : Larrouturou ou Attali ?

Retour sur notre dernière réunion de section où Jean-Marc présentait les thèses brillantes exposées par Pierre Larrouturou dans son "Livre noir du capitalisme". Un seul chiffre pour résumer toute une approche économique : en moins de 30 ans, la répartition des richesses produites en France s'est déséquilibrée en transférant 11% du total depuis ce qui était redistribué aux salaires (donc, aussi, aux comptes sociaux) vers la rémunération du capital. En gros, chaque année, 200 milliards d'euros vont dans les poches des gros actionnaires et de la finance au lieu d'aller aux salaires. En gros, 100 milliards que les Français n'ont pas en salaire net annuel et 100 milliards qui ne vont pas financer les comptes sociaux ... dont le déficit est inférieur d'un ordre de grandeur. Sans ce déséquilibre dû à la poussée des mesures libérales, il pourrait ne pas y avoir de travailleurs pauvres en France et les problèmes des retraites et de la sécu n'existeraient pas. Merci messieurs les financiers !

Pour les solutions, c'est plus compliqué de les exposer sans caricaturer, mais une est simple au moins à dire (même si elle ne se suffit pas à elle même) : tendre vers les 32h/semaine pour partager le travail entre tous, à combiner avec des augmentations salariales. C'est économiquement possible et même souhaitable, mais il faut de la volonté politique. C'est tout l'inverse d'un président qui vient braire que les caisses sont vides ... du fait de son action pendant 6 ans au pouvoir.

Le même jour, sortait le rapport de Jacques Attali, que vous pouvez télécharger ici. En période pré-électorale, ce rapport a été plutôt fraîchement accueilli par les députés UMP, effrayés de l'impact qu'il pourrait avoir sur les citoyens auxquels ils mentent quotidiennement. Il faut bien dire que ce rapport est, d'un point de vue scientifique, une impressionnante zoologie des mesures que le camp libéral a pu inventer, avec l'inefficacité économique que l'on sait : en gros, il s'agit d'envisager la question du pouvoir d'achat des Français en tirant les prix vers le bas systématiquement plutôt que d'augmenter les ressources de chacun.

La France du hard-discount en somme. A la limite, pourquoi pas, s'il ne s'agissait que des prix des biens à la consommation. Le problème vient du fait que par voie de conséquence, c'est aussi le hard-discount des salaires, des conditions de travail, et de la protection des travailleurs : la flex-sécurité sans la sécurité et les soldes à l'ANPE !

Pour voir plus en détail de quoi il s'agit et la réaction des socialistes qui ne se félicitent pas de l'arrivée de ce rapport sans le lire : le contre rapport de La Forge (www.la-forge.info), écrit avec la contribution des économistes Liem Hoang Ngoc, Philippe Moati, Jean-Marie Monnier et Guillaume Duval.

Grenelle de l'investissement

Même si la gauche « aime » la relance par la demande, parce que celle-ci se réalise aisément en augmentant le pouvoir d’achat des plus défavorisés, elle doit, sur ce point faire son aggiornamento. Aider les plus défavorisés est une nécessité sociale, morale, républicaine, mais compter sur cette aide pour stimuler la croissance est ,aujourd’hui, une erreur économique , soulignée d’ailleurs par certains membres de la majorité eux-mêmes, dans l’actuel débat sur les heures supplémentaires.

En effet, les orientations économiques de Sarkozy, notamment sa politique de la demande basée sur le paiement des RTT et des heures supplémentaires, du déblocage des réserves de participation, n’auraient pour effet, si elles relancent un peu la consommation, que de creuser un peu plus le déficit commercial.

C'est que dans une économie totalement ouverte, toute relance keynesienne de la consommation profite aux importations et ne relance que faiblement, voire pas du tout, la production et l'emploi nationaux.

L'économiste Jean Matouk préconise de soutenir la croissance non par la demande mais par l'offre. La droite fait ce constat, l'erreur de la gauche est de l'avoir rejeté parce que fait par la droite. C'est sur les moyens à mettre en oeuvre qu'il faut s'opposer.

La politique de l’offre de la droite repose sur la déréglementation et la baisse des impôts sur les revenus des particuliers.

Une politique de l’offre de gauche, c’est une batterie d’incitations de toutes sortes, notamment fiscales, à l’innovation et l'investissement au niveau des entreprises, qui doit être développée, mais conditionnée à des réalisations réelles. Pour fixer les idées, l'impôt sur les sociétés est de 25% en Allemagne alors qu'il est de 34% en France. La baisse de cet impôt est un moyen bien plus sûr pour stimuler l'innovation que la baisse de l’impôt sur le revenu des personnes physiques, laquelle, n’a d’impact sur l’innovation et l’investissement, que si les bénéficiaires investissent effectivement les sommes distraites à l’impôt dans les entreprises, ce qui n’est aucunement évident.

Cette politique de l'offre était présente dans la proposition n° 4 du pacte présidentiel de Ségolène Royal: "Donner la priorité à l’investissement des entreprises avec un taux d’impôt sur les sociétés plus bas si le bénéfice est réinvesti et plus haut s’il est distribué aux actionnaires."

Pour ces raisons, Jean Matouk demande ici un "Grenelle de l'investissement" et défend une politique de l'offre de gauche.

Retour de la police de proximité : 6 années de perdues !

Tout le monde s’en souvient. En 2002, le Ministre de l’Intérieur de l’époque, actuel Président de la République avait brutalement mis fin à la Police de proximité à Toulouse devant son concepteur, Jean-Pierre Havrin. Plus récemment, le 3 décembre dernier, son Premier Ministre, en visite au Commissariat de la rue Barrouin à Saint-Etienne avait jugé "sans fondement" le débat sur le nécessaire retour de la Police de proximité, ajoutant que la police n’a pas "vocation à faire de l’assistance sociale dans les quartiers difficiles. La Ministre de l’Intérieur a surenchéri en affirmant quant à elle " que la police devait exercer son véritable métier plutôt que de faire du sport avec les jeunes".

Confrontée à une insécurité toujours préoccupante la même Ministre de l’Intérieur a annoncé la mise en place de sa police "territorialisée" afin de remettre les agents du service public de la sécurité au plus près du terrain et des besoins des habitants. C’est mon collègue, élu de Seine-Saint-Denis, Bruno Le Roux qui a pointé hier ce paradoxe lors de la séance des questions au Gouvernement.

"Ma question s’adresse à Mme la ministre de l’intérieur qui, hier enfin, a reconnu l’évidence : le service public de sécurité doit être assuré au plus près du terrain, au cœur des quartiers, par une police de proximité – ce que vous appelez une police « territorialisée ». Quelle découverte ! Alors que les citoyens habitant nos quartiers sont inquiets et les policiers excédés par leurs conditions de travail, vous semblez enfin réagir. Mais cinq années ont été perdues, cinq années pendant lesquelles Nicolas Sarkozy, par idéologie et démagogie, a détruit une organisation qui avait permis le déploiement, sur tout le territoire, d’une police de proximité et d’investigation, cinq années pendant lesquelles les locaux de la police de proximité ont été fermés, cinq années de recul des moyens là où ils étaient le plus nécessaires !

Après avoir caricaturé l’action de la police et le travail des policiers dans ces quartiers (Même mouvement), désorganisé la sécurité publique, distendu les liens entre la police et la population, vous en revenez enfin à la seule politique efficace, une police présente au cœur des quartiers, connue, reconnue et disposant de véritables moyens de sécurisation et d’investigation – autrement dit, l’organisation que nous avions décidée et appliquée entre 1997 et 2002 et qui était tout autre chose qu’une police « sociale » comme on l’a entendu dire !

En 2002, plus de la moitié du territoire avait une police de proximité et les effectifs étaient accrus de 8 % dans les communes qui en avaient le plus besoin ; aujourd’hui, le travail de destruction de Nicolas Sarkozy accompli, vous proposez en tout et pour tout une expérience dans trois villes de Seine-Saint-Denis ! Tant mieux pour elles, mais tant pis pour les autres ! Le temps n’est plus aux expériences, elles ont été faites et ont réussi ; le temps est à l’action ! Madame la ministre, quels moyens allez-vous enfin affecter à la police de proximité pour la généraliser ?"

Par Régis Juanico, Député de la Loire

Une stratégie présidentielle de contrôle de l’information

L’arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence a restreint pour les journalistes l’accès aux conseillers et aux ministres juge Axel Krause, secrétaire général de l'association de la presse anglo-américaine à Paris, journaliste au Transatlantic Magazine. « C’est une stratégie de communication qui vise à contrôler l’accès aux sources » analyse-t-il. Il révèle que le président de la République se serait plaint des médias allemands auprès de l’ambassade d’Allemagne à Paris. Longtemps rédacteur et correspondant de l’International Herald Tribune, Axel Krause était présent à l’hyper-conférence de presse de Nicolas Sarkozy le 8 janvier.

Axel Krause: «''La conférence de presse de Nicolas Sarkozy m’a rappelé une des dernières conférences de presse du général de Gaulle à laquelle j’ai assisté, en arrivant à Paris. Les questions étaient plus ou moins organisées. Peut-être secondaires. Les collaborateurs de Nicolas Sarkozy donnaient l’impression de tendre le micro à certains journalistes. A mes yeux, quelques questions étaient insuffisamment préparées. Et il n’y a pas eu de follow-up, de reprise des questions. J’ai trouvé le style du Président parfois arrogant. Sur les 35 heures et l’Europe, il a laissé beaucoup de questions en suspens.

Sa stratégie privilégie la communication plutôt que l’information, avec la complicité des médias français. L’Elysée considère les médias étrangers comme beaucoup plus critiques. Selon des confrères journalistes allemands, le président français s’est plaint devant l’ambassadeur d’Allemagne de la façon dont les médias allemands traitaient la politique française. On a vu aussi la manière dont il a brutalement interrompu l’interview de Sixty Minutes lorsque la journaliste de CBS lui a posé une question sur sa vie privée qui, pourtant, faisait les une des journaux.

Les journalistes essayent de faire leur travail mais ont un accès plus restreint aux conseillers des ministres et à ceux de l’Elysée depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. Il y a peu de fuites. Les ministres sont très contrôlés et leurs collaborateurs aussi. Ils privilégient les interviews radio ou télé au détriment des points presse. C’est une stratégie de communication qui vise à influencer l’orientation des articles en contrôlant l’accès aux sources. Et qu’est-ce qu’un journaliste sans accès à ses sources?

Par ailleurs, la proximité de l’actuel président avec l’actionnariat de certains médias pèse son poids. Un contrôle s’exerce. J’ai été interviewé au sujet de la conférence de presse par une télévision: ils n’ont gardé que les aspects positifs de ma déclaration. Aujourd’hui, les rapports entre les journalistes français et leur Président sont beaucoup plus difficiles qu’avec Chirac qui était plus décontracté par rapport à l’information. Avec Nicolas Sarkozy, on a presque un événement par semaine qui évoque The West Wing, cette série américaine sur la Maison Blanche. La semaine dernière, Tony Blair s’est rendu à l’UMP. Pour Sarkozy, c’était un événement. Il y a un calendrier d’événements, qui n’aurait pas de sens sans le suivisme de la presse et des médias. Mais le sujet de la vie privée, on l’a vu, est un sujet à double tranchant, puisque l’opinion semble désormais y porter moins d’intérêt qu’aux questions économiques et sociales.''»

Article trouvé sur le Contre journal de Libération

Le pouvoir d'achat, ce que propose le Parti Socialiste

Nicolas SARKOZY, qui s’est autoproclamé président du pouvoir d’achat, connaît ses premières difficultés politiques précisément sur ce sujet.

C’est qu’on ne peut pas être à la fois néo-libéral et vouloir augmenter le pouvoir d’achat. Le néo-libéralisme, en déréglementant le marché du travail, en favorisant la mondialisation qui crée la concurrence entre les travailleurs des pays riches et les pays émergents, et en développant le capitalisme financier qui impose des critères de rentabilité financière irréalistes aux entreprises, pèse sur les salaires.

Ainsi, le salariat se smicardise : la proportion de salariés payés au SMIC est passée de 11,1% en 1987 à 16,8% en 2005.

Environ 2,5 millions de salariés sont des « travailleurs pauvres », c'est-à-dire des personnes qui sont au moins la moitié de l'année sur le marché du travail (en emploi ou au chômage), sans dépasser le seuil de pauvreté.

Le Parti Socialiste doit bien entendu s’opposer fermement à toutes les mesures gouvernementales accentuant les injustices sociales, comme la loi TEPA du 21 août 2007, mais doit aussi être une force de proposition responsable.

Ainsi les sénateurs socialistes ont déposé en décembre 2007 une proposition de loi ici en faveur du pouvoir d’achat. Je vous la présente très partiellement. Certaines propositions reprennent le projet socialiste ou certaines des propositions de Ségolène Royal faites lors de la dernière campagne présidentielle.

  • Baisse de la TVA sur les produits de premières nécessités (5%)
  • Taux super-réduit pour les fruits et légumes (2,1%)
  • Majoration de 50% de la Prime Pour l’Emploi qui concerne 9 millions de salariés
  • Conditionner les aides publiques aux entreprises à des négociations salariales
  • Modulation des cotisations sociales pour lutter contre les emplois précaires
  • Abrogation des franchises médicales
  • Maintenir l’exonération de la redevance audiovisuelle pour les personnes âgées ayant un faible revenu
  • Rétablir la TIPP flotante
  • Généralisation du chèque-transport
  • Gèle des loyers des logements locatifs privés et sociaux pendant un an afin de négocier la création d'un bouclier logement pour limiter la part des loyers dans les revenus.
  • Revalorisation les aides aux logements
  • Suppression du mois de carence pour l’apl
  • Mécanisme de garantie universel et mutualiste contre les risques locatifs
  • Réduction à un mois de loyer le montant maximum de garantie
  • Elargissement du PTZ
  • Lutter contre le surendettement en encadrant mieux le recours aux crédits à la consommation

Ces propositions seraient financées par l’abrogation de la loi sur le paquet fiscal qui attribue 15 milliards d’exonérations fiscales au haut de la pyramide sociale sans même pour autant relancer croissance et par une majoration de l’impôt sur les sociétés pétrolières en cas de progression forte du bénéfice d’une année sur l’autre.

Les mesures contenues dans cette proposition de loi sont d'ordre législatif et relèvent de la responsabilité de parlementaires. D'autres mesures comme la revalorisation des petites pensions, l'augmentation du SMIC ou la convocation d'une conférence salariale avec les partenaires sociaux relèvent de l'ordre règlementaire.