L'annulation d'un mariage à Lille pour mensonge sur la virginité de l'épouse
Par Stéphane, samedi 31 mai 2008 à 15:43 :: Débats :: #383
Le 1er avril dernier le TGI de Lille a annulé un mariage "pour erreur sur les qualités essentielles" de la conjointe car celle-ci avait menti sur sa virginité.
Cette décision suscite une vie polémique. La philosophe Elisabeth Badinter s'est déclarée "ulcérée" par cette décision. Elle a déclaré avoir "honte" pour la justice française.
Le PS a dénoncé un jugement "atterrant" qui "bafoue le droit des femmes à disposer de leur corps et à vivre, librement, comme les hommes, leur sexualité", et le PCF l'a qualifiée de "scandaleuse". L'association Ni putes ni soumises a évoqué de son côté une "régression", exprimant son amertume "de savoir qu'en France la virginité peut être considérée comme une 'qualité essentielle'" et a réclamé un changement législatif.
A lire également le billet Honte au TGI de Lille ! de Dominique BOY-MOTTARD, conseillère générale du 7ième canton à Nice, qui estime que "l’argumentation juridique importe peu" et conclut en citant les propos d'Elisabeth Badinter exprimés sur France Inter .
À contre-courant des réactions indignées des mouvements féministes, associations antiracistes et laïques mais aussi de l'UMP, Rachida Dati a jugé que «le fait d'annuler un mariage est aussi un moyen de protéger la personne qui souhaite peut-être se défaire du mariage».
La ministre a par ailleurs fait valoir que «cette jeune fille a souhaité également, sans doute, se séparer assez rapidement». Elle a en outre rappelé que les époux concernés étaient tous les deux «d'accord». Ces questions ont un écho tout particulier pour Rachida Dati qui a eu à les éprouver à titre personnel. En effet, elle a fait annuler son propre mariage, «décidé sans le vouloir», selon ses propos dans le livre Je vous fais juge, qu'elle a publié chez Grasset en 2007.
A contre-courant également Maitre Eolas estime dans son billet N'y a-t-il que les vierges qui puissent se marier ? que :
Ce jugement ne dit absolument pas que le mariage d'une femme non vierge est nul, ni que la virginité est une qualité essentielle de la femme. Il dit ceci et rien d'autre. Madame Y… a menti à Monsieur X… sur un point qu'elle savait très important pour lui. Elle savait que si Monsieur X… avait su la vérité, il ne l'aurait probablement pas épousé. Et d'en tirer les conséquences légales que lui demandent les deux époux dans ce qui après tout est leur vie.
Là où les indignés des micros se muent tous en Tartuffe, c'est quand on se demande ce qu'il serait advenu en cas de rejet de la demande. Ces époux seraient-ils restés mariés et auraient-ils vécu heureux avec beaucoup d'enfants ? Non, ils auraient divorcé. Par consentement mutuel, puisqu'ils étaient d'accord pour se séparer. Consentement mutuel qui exclut que soient abordés les raisons du divorce. Donc dissolution du mariage, mais l'honneur est sauf : on ne saurait pas pourquoi.
Quant à moi, je rejoins l'un des 500 commentaires (au moment où j'écris) du billet de Maître Eolas qui souligne que l'obsession croissante de la virginité n'est pas prope aux musulmans. Il ne faudrait tout même pas oublier la religion catholique qui n'est pas en reste sur le sujet. Au-delà du jugement du TGI de Lille que Maître Eolas a parfaitement résumé, c'est cette obsession croissante de la virginité qui est déplorable.
L'article 14 de la déclaration de principes du Parti Socialiste qui énonce que Le Parti socialiste est féministe et agit en faveur de l’émancipation des femmes. est plus que jamais d'actualité.
Tribune de Liêm Hoang Ngoc
Information niçoise