Quand les cerveaux ne pensent pas à la pub, TF1 sort son revolver
Par Hervé, vendredi 19 septembre 2008 à 09:57 :: Débats :: #447

Un texte assez ancien déjà d'Antonio Molfese sur la conception que peut avoir la Droite, et son bras télévisuel armé TF1, de la capacité que doit avoir chaque citoyen de se forger une conscience.
Quand on regarde la télévision, on se demande parfois si c’est la publicité qui interrompt les programmes ou si ce sont les programmes qui interrompent la publicité. Grâce à Patrick Le Lay, PDG de TF1, cette angoissante question métaphysique trouve enfin une réponse...
Petit commentaire de texte à partir d’une dépêche AFP du 9 juillet 2004, reproduisant les propos de M. Le Lay, extraits de l’ouvrage Les dirigeants face au changement (Ed. Huitième jour).
« Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. »
Savoureuse entrée en matière : M. Le Lay mentionne pour commencer la pluralité des opinions possibles sur la télévision (rassurez-vous, c’est la seule fois qu’une quelconque ouverture d’esprit le traversera). Peut-être pense-t-il (oui, peut-être) à la télévision comme vecteur de culture et d’éveil à la réflexion, ou comme instrument d’information au service des citoyens, ou comme outil d’éducation populaire, ou enfin comme moyen de débat démocratique et politique.
On n’en attendrait pas moins du PDG d’une grande chaîne de télévision nationale, conscient d’atteindre des millions de personnes tous les jours, et donc responsable de l’effet de son média sur la conscience et la vie de ses concitoyens. Après tout, M. Le Lay n’est-il pas celui qui a osé, il y a quelques années, s’insurger avec courage contre la première diffusion de Loft Story sur M6, le courageux iconoclaste vociférant contre la télé-poubelle, l’intellectuel en lutte contre la bêtise télévisuelle, le moraliste soucieux de responsabiliser le monde de la télévision, le prophète appelant de ses veux une « quête de sens » sur TF1 ? Patrick Le Lay, apparemment devenu humaniste et honnête homme, aurait-il enfin achevé sa « quête de sens », et découvert le sens de la télévision ? Rêvons un peu...
« Mais dans une perspective "business", soyons réaliste ... »
Mais la suite se charge immédiatement de nous faire redescendre sur Terre, dans la vraie vie, dans la seule chose qui soit importante et qui ait une quelconque valeur, dans la seule manière de penser possible, loin des utopies ou des conceptions inventives de la télévision, loin de tout pluralisme : c’est-à-dire, bien évidemment, dans le « business », le fric, les sous, le blé, la thune.
Vous vous attendiez à quoi ? « Soyons réalistes », ne demandons pas l’impossible, n’essayons même pas d’exiger une télévision capable de participer à l’éducation, à l’information ou à la culture des gens. Il semble que « la quête de sens » de TF1 et de M. Le Lay est achevée ou plutôt, qu’elle n’a jamais commencé : la télévision ne sert bien sûr qu’à faire vendre et à s’insérer ainsi dans le circuit économique, et ses seuls objectifs sont ainsi le profit, la rentabilité maximale, le retour sur investissement. On cherche encore toute trace de culture, d’intelligence ou de réflexion dans le sens de la télévision selon M. Le Lay : la télévision ne sert qu’à faire vendre.
Le suspense atteint ici son comble : faire vendre, mais quoi ?
« ... A la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit ».

Information niçoise