Quand les cerveaux ne pensent pas à la pub, TF1 sort son revolver

Un texte assez ancien déjà d'Antonio Molfese sur la conception que peut avoir la Droite, et son bras télévisuel armé TF1, de la capacité que doit avoir chaque citoyen de se forger une conscience.

Quand on regarde la télévision, on se demande parfois si c’est la publicité qui interrompt les programmes ou si ce sont les programmes qui interrompent la publicité. Grâce à Patrick Le Lay, PDG de TF1, cette angoissante question métaphysique trouve enfin une réponse...

Petit commentaire de texte à partir d’une dépêche AFP du 9 juillet 2004, reproduisant les propos de M. Le Lay, extraits de l’ouvrage Les dirigeants face au changement (Ed. Huitième jour).

«  Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision.  »

Savoureuse entrée en matière : M. Le Lay mentionne pour commencer la pluralité des opinions possibles sur la télévision (rassurez-vous, c’est la seule fois qu’une quelconque ouverture d’esprit le traversera). Peut-être pense-t-il (oui, peut-être) à la télévision comme vecteur de culture et d’éveil à la réflexion, ou comme instrument d’information au service des citoyens, ou comme outil d’éducation populaire, ou enfin comme moyen de débat démocratique et politique.

On n’en attendrait pas moins du PDG d’une grande chaîne de télévision nationale, conscient d’atteindre des millions de personnes tous les jours, et donc responsable de l’effet de son média sur la conscience et la vie de ses concitoyens. Après tout, M. Le Lay n’est-il pas celui qui a osé, il y a quelques années, s’insurger avec courage contre la première diffusion de Loft Story sur M6, le courageux iconoclaste vociférant contre la télé-poubelle, l’intellectuel en lutte contre la bêtise télévisuelle, le moraliste soucieux de responsabiliser le monde de la télévision, le prophète appelant de ses veux une « quête de sens » sur TF1 ? Patrick Le Lay, apparemment devenu humaniste et honnête homme, aurait-il enfin achevé sa « quête de sens », et découvert le sens de la télévision ? Rêvons un peu...

«  Mais dans une perspective "business", soyons réaliste ... »

Mais la suite se charge immédiatement de nous faire redescendre sur Terre, dans la vraie vie, dans la seule chose qui soit importante et qui ait une quelconque valeur, dans la seule manière de penser possible, loin des utopies ou des conceptions inventives de la télévision, loin de tout pluralisme : c’est-à-dire, bien évidemment, dans le « business », le fric, les sous, le blé, la thune.

Vous vous attendiez à quoi ? « Soyons réalistes », ne demandons pas l’impossible, n’essayons même pas d’exiger une télévision capable de participer à l’éducation, à l’information ou à la culture des gens. Il semble que « la quête de sens » de TF1 et de M. Le Lay est achevée ou plutôt, qu’elle n’a jamais commencé : la télévision ne sert bien sûr qu’à faire vendre et à s’insérer ainsi dans le circuit économique, et ses seuls objectifs sont ainsi le profit, la rentabilité maximale, le retour sur investissement. On cherche encore toute trace de culture, d’intelligence ou de réflexion dans le sens de la télévision selon M. Le Lay : la télévision ne sert qu’à faire vendre.

Le suspense atteint ici son comble : faire vendre, mais quoi ?

« ... A la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit  ».

Lire la suite

Darcos : médaille d'or du mépris

Passons sur l'extraordinaire horreur du gadget ségrégationniste des médailles de Darcos (qui visent surtout à récompenser les "bons pauvres", ceux qui réussissent malgré tout ce que leur oppose la société).

Passons sur ça pour nous intéresser au mépris le plus hallucinant que je n'ai jamais vu à l'encontre des instituteurs, dont tout le monde s'accorde à constater le durcissement des conditions de travail avec notamment une violence croissante. Le triste sire Darcos a donc déclaré, en substance, le 3 juillet dernier devant la commission des finances du Sénat que les instituteurs de maternelles sont

des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants ou de leur changer les couches. (vidéo)

Affolant. Pendant ce temps, la Cour des comptes souligne qu’en raison du désengagement déjà effectif du ministère de l’Education nationale, « le taux de scolarisation des 2-3 ans a diminué de 27% entre 2003 et 2007 » et qu’à « la rentrée 2005, 5000 enfants étaient en attente de scolarisation en maternelle », alors que le taux de fécondité ne cesse de croître en France.

Benoit Hamon au Talk Orange-Le Figaro

Sans raison, pour les mots qui font parfois l'emotion..

C'est un tout petit monde Où s'abritent nos saisons
Petite boule ronde Sous les ailes d'un avion
Et partout des gens qui dansent Pour oublier un instant
La nuit et le silence Et les peines du présent

C'est un tout petit monde L'eau le soleil et le sel
Les naissances et les tombes Et l'essentiel et le ciel
Partout la même prière D'une mère qui attend
Que baisse la fièvre Dans les mêmes yeux d'enfants

C'est un tout petit monde Fragile au creux de nos mains
Balançant ses secondes Entre tellement et rien
Et partout la même histoire De pouvoirs à partager
Et si peu de mémoire Du sang des larmes versées

Et partout déteignent et règnent Nouveaux rois sans philosophe
Le rock, le dollar, les antennes Coca et kalachnikov.. Coca et kalachnikov..
J.J.Goldman

Un peu d'espoir, ailleurs

Oui oui, les Américains ont du chemin à faire jusqu'à la laïcité, mais il n'empêche...